Traumatismes

Une séparation est un vrai traumatisme.
Tous les jours je le ressens dans ma chair, dans mon cœur, dans ma tête.

Pour l'instant je ne panique pas, je sais que le chemin est long avant que je ne puisse regarder vers l'avant à nouveau.

Mes nuits sont courtes, le cerveau travaille, il analyse, dissèque, digère, bâti des hypothèses, les balaye de la main avant d'en construire d'autres.

Je me repasse la chronologie des faits jusqu'à ce 9 Mars 2017.

Les signes que je n'ai pas vu, ceux que je n'ai pas voulu voir.

Mes réactions ou plutôt mes absences de réaction.

et puis je remonte pour comprendre, ces petits traumatismes qui ont engendrés ce cataclysme.

Vous avez 5 minutes ? Je vais vous raconter l'histoire et les faits qui m'ont marqués. Je vais essayer d'être le moins partisan possible....

Annie (prénom changé) et moi travaillons dans la même société.
Elle est en Allemagne et moi en France et nous n'avons en théorie que peu d'interaction.

Dieu seul sait pourquoi je l'ai croisé et me suis intéressé à son cas. Sa vie de mère divorcée n'était pas des plus faciles.
Après son divorce elle se trouvait avec peu de moyen et une fille de 4 ans à gérer.
Elle s'en sortait correctement et essayait en plus de se reconstruire.
Annie n'avait pas beaucoup confiance en elle. Elle voletait de garçon en garçon pour se prouver qu'elle était attirante.

Très vite elle m'a parlé de sa vie, de ses aventures.
Très vite je me suis aussi confié, sur mes enfants (extraordinaires bien entendu, sur l'absence de tendresse avec mon épouse).

Pendant plus de 6 mois nous avons discuté, presque tous les jours, nous sommes allés au restaurant, nous nous sommes rapprochés.

Un jour de décembre elle m'invite à dîner chez elle. La soirée se déroule très bien et nous nous retrouvons dans les bras l'un de l'autre, nos lèvres se croisent, nos corps se cherchent. Je ne veux pas franchir ce cap ce soir là et je repars donc persuadé d'avoir une petite amie.

En arrivant à mon hôtel je reçois un appel, elle s'excuse mais souhaite que nous arrêtions notre relation et que la soirée soit oubliée...

Je vécus là mon premier traumatisme.
Jeté le soir du premier baiser... C'était la deuxième fois que cela m'arrivait!
Je me suis senti nul, un moins que rien, une erreur que l'on embrasse avant d'ouvrir les yeux, de réaliser l'incongruité de la situation.
Elle était belle, de 12 ans ma cadette, je me suis senti vieux, moche et con!

Jamais je ne lui ai dit, j'ai gardé cette blessure pour moi, et je crains qu'elle ne se soit jamais vraiment refermée...

Nous avons continué à échanger, en toute amitié, comme si de rien n'était (ce qui était sûrement pire pour moi) sur son nouveau copain, son ex mari qui venait chercher des gâteries et sa vie en général.

Le 14 Février je l'invite pour une soirée de tourisme et découverte! Nous partons à 18 heures, direction une île réputée de la région. Visite, restau sympa, ballade sur la plage, puis, alors que nous cherchons un hôtel pour la nuit elle m'embrasse fougueusement. Ce baiser aussi je l'ai encore en mémoire!
Nous trouvons un hôtel, on nous donne la chambre nuptiale et nous batifolons toute la nuit!
Nos baisers sont à l'unissons, probablement les meilleures baisers de mon existence.
Nos corps s'entendent à merveille, cette première nuit ne fût pas la plus intense mais elle fut une nuit de découverte, de partage et de compréhension mutuelle.
Les premiers pavés étaient posés.

A partir de là notre relation s'intensifie, je suis 3 à 4 jours toutes les 2 semaines chez elles, nous partageons, nous découvrons, nos estomacs sont envahis de papillons à l'approche de nos rendez-vous.

La relation la plus intense de mon existence. Les meilleurs instants de ma vie (mes enfants mis à part), des nuits (et jours ;-) ) comme jamais je n'aurais pu les rêver...

A son contact je suis devenu meilleurs, plus à l'écoute, plus dans le partage.
A mon contact elle a pris confiance en elle, elle a progressé dans la société.
Nous étions bon l'un pour l'autre.

16 mois se passent. Je sens qu'elle souffre lorsque je ne suis pas là, lorsque je suis avec ma famille. A l'approche des vacances je prends une décision stupide.
Je rompt.
Pour la protéger, pour qu'elle ne se morfonde pas pendant ces 3 semaines, pour qu'elle puisse avancer. C'est dur, pour moi, pour elle, mais je ne vois pas d'autre solution pour la protéger.

A mon retour je la trouve guillerette, en pleine forme!
J'apprends qu'elle est en couple, qu'il ne lui a fallut que quelques jours, qu'elle est heureuse, qu'elle l'aime.

Je viens de me prendre un TGV lancé à pleine vitesse, je ne me suis jamais senti si vieux, si moche, si con.
J'ai l'impression que ces 14 mois de bonheur n'ont été qu'un mensonge, que la profondeur de nos sentiments n'étaient que du bluff. Mon second Traumatisme

J'ai mal, comme jamais je n'avais eu mal (depuis j'ai compris qu'il y a pire ...).
Je décide de me battre et de la re conquérir. et j'y parviens.
Là non plus je ne lui ai jamais dit, nous n'avons pas pris le temps de vider cette blessure, je l'ai laissée s'infecter.

Rapidement je parle à mon épouse de ma volonté de nous séparer, j'en parle à mes parents, à des amis, à mes enfants. Je sème le doute, fait du mal et a dernier moment, lorsqu'il faut franchir le pas je ne peux pas.
Je ne sais pas trop pourquoi puis je comprends.
Je comprends que j'ai peur de ne pas pouvoir la garder, j'ai peur qu'elle se lasse, qu'elle aille voir ailleurs.
Plusieurs fois elle m'a dit qu'au bout d'un an elle n'a plus envie de faire l'amour avec ses copains, qu'elle se lasse et se referme.

Je prends ça pour moi, je me dis que cela m'arrivera aussi et que je vais me retrouver à 55 ans, seul, comme mon beau-père.

Cette peur je la garde pour moi, je ne la partage pas, je ne la laisse pas me rassurer.

Je tente de lui dire, mais je suis maladroit, je lui dis qu'elle ne me convient pas parfaitement, pour me protéger. Et par là même je plante la graine du doute dans son esprit, cette graine qui va croître jusqu'à ce qu'elle décide de me quitter.

Et maintenant je suis là, comme un con, vieux et moche, à regarder la femme de ma vie partir avec un autre, la petite amie dont j'étais la plus fière, celle avec qui j'ai le plus partagé, découvert, appris et qui m'a quitté, par ma faute ...

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